Les premiers ordinateurs

Vous savez, l’autre jour, je fouillais dans le sous-sol de mes parents à Trois-Rivières, et je suis tombée sur un vieux Commodore 64 dans sa boîte d’origine. Mon père l’avait acheté en 1985, et il me racontait comment toute la famille se rassemblait autour pour jouer à des jeux qui prenaient quinze minutes à charger. Ça m’a fait réaliser à quel point on tient pour acquis nos téléphones qui sont mille fois plus puissants que les premiers ordinateurs qui ont révolutionné le monde.

Parlons franchement de ces machines fascinantes qui ont changé notre façon de travailler, de communiquer et de vivre.

Les premiers ordinateurs

Quand les ordinateurs pesaient autant qu’une auto

Je me souviens de ma première visite au Musée de la civilisation à Québec, où j’ai pu voir une reproduction de l’ENIAC. Imaginez : cette bête-là pesait plus de 27 tonnes et occupait une pièce complète. Pour vous donner une idée, c’était comme installer trois VUS dans votre salon. Et pourtant, votre montre connectée d’aujourd’hui calcule plus vite que ce monstre.

L’ENIAC, développé en 1945 à l’Université de Pennsylvanie, c’était vraiment le début de quelque chose d’énorme. Il fallait littéralement des dizaines de personnes pour le programmer, et une seule erreur dans les 17 468 tubes à vide pouvait faire planter toute l’opération. Mes collègues chez Bell Canada rigolent toujours quand je leur raconte qu’on se plaint d’un bug dans notre code alors que ces pionniers devaient physiquement remplacer des tubes grillés.

Le truc qui me fascine le plus, c’est que ces premières machines ont été créées pour des calculs militaires pendant la Seconde Guerre mondiale. Personne n’imaginait qu’un jour, chaque famille québécoise aurait plusieurs ordinateurs à la maison. C’était impensable.

Les machines qui sont entrées dans nos maisons

Bon, passons aux années 70 et 80, quand l’informatique a vraiment commencé à débarquer chez monsieur et madame Tout-le-Monde.

L’Altair 8800, sorti en 1975, c’était quelque chose. Faut être honnête : c’était un kit à assembler soi-même, vendu par correspondance. Imaginez recevoir une boîte pleine de composants et devoir tout monter vous-même. Pas de mode d’emploi YouTube à l’époque! Seulement pour les passionnés vraiment motivés. Mon oncle technicien chez Hydro-Québec s’en était procuré un, et il a passé trois semaines à l’assembler. Résultat? Une machine qui ne faisait pas grand-chose, mais qui l’a rendu fou de joie.

Ensuite est arrivé l’Apple II en 1977. Là, on commençait à parler sérieusement. Steve Jobs et Steve Wozniak ont compris quelque chose d’essentiel : les gens voulaient une machine prête à l’emploi, pas un projet de fin de semaine. L’Apple II avait de la couleur, du son, et surtout, vous pouviez l’utiliser dès la sortie de la boîte. Plusieurs écoles québécoises s’en sont équipées dans les années 80, et toute une génération a appris à programmer en BASIC dessus.

Le Commodore 64, lancé en 1982, ça a été le vrai boom. À environ 600$ canadiens à l’époque, c’était accessible pour bien des familles. Je connais des gens de Sherbrooke, de Rimouski, de Gatineau qui ont tous des souvenirs précis de leur premier Commodore. Cette machine a vraiment démocratisé l’informatique au Québec. Les magasins comme Radio Shack et Future Shop en vendaient des tonnes.

IBM frappe un grand coup

En 1981, IBM débarque avec son PC, et là, tout change vraiment. Parce qu’IBM, c’était pas une petite compagnie de garage californienne. C’était un géant respecté dans le monde des affaires. Quand IBM a dit « on fait des ordinateurs personnels« , les entreprises ont écouté.

Ce qui était brillant avec l’IBM PC, c’est l’architecture ouverte. Contrairement à Apple qui contrôlait tout, IBM a permis à d’autres compagnies de fabriquer des pièces compatibles. Résultat? Une explosion de compagnies qui ont créé des « clones PC » moins chers. Chez Logibec à Montréal, où j’ai fait un stage en 2016, ils utilisaient encore des vieux terminaux qui suivaient cette architecture IBM. La compatibilité, ça compte énormément en entreprise.

Par contre, IBM a aussi fait des erreurs. Ils ont laissé Microsoft garder les droits sur MS-DOS, le système d’exploitation. Grosse erreur stratégique qui a rendu Bill Gates milliardaire. En entreprise, on apprend de ces cas d’école.

Macintosh révolutionne l’interface

Janvier 1984, Apple lance le Macintosh. Je dois vous raconter un truc : la première fois que ma grand-mère a utilisé une souris sur un Mac, elle a ri comme une enfant. « Je peux pointer et cliquer! C’est magique! » Ça vous paraît banal aujourd’hui, mais à l’époque, c’était révolutionnaire.

Le Mac a introduit l’interface graphique au grand public. Plus besoin de mémoriser des commandes compliquées en lignes de code. Vous voyiez des icônes, des fenêtres, vous cliquiez dessus. Simple. Intuitif. Génial.

Plusieurs agences de design et studios graphiques montréalais ont adopté le Mac immédiatement. Parce que pour la création graphique, l’édition, la mise en page, c’était juste meilleur que tout ce qui existait. Même aujourd’hui, beaucoup de créatifs québécois jurent encore par leurs Mac.

Maintenant, soyons honnêtes : le premier Mac coûtait environ 2 500$ US, soit facilement 3 500$ canadiens à l’époque. C’était hors de portée pour bien du monde. Et niveau puissance brute, il était surpassé par des PC moins chers. Mais l’expérience utilisateur, elle, n’avait pas de prix.

Ce qu’on a perdu en cours de route

Parce que oui, il faut en parler aussi. Ces premiers ordinateurs avaient leurs limites, et pas qu’un peu.

D’abord, la mémoire. L’Apple II de base avait 4 Ko de RAM. Quatre kilooctets. Aujourd’hui, une photo de votre téléphone pèse facilement 3 Mo, soit 750 fois plus. Vous deviez constamment jongler avec l’espace disponible, effacer des programmes pour en installer d’autres. Un vrai casse-tête.

Ensuite, la vitesse. Sauvegarder un document sur une cassette audio (oui, une vraie cassette musicale!) pouvait prendre cinq à dix minutes. Et si la cassette était légèrement abîmée? Vous perdiez tout. J’ai rencontré un professeur à l’UQAM qui gardait précieusement des dizaines de cassettes de ses recherches des années 80, mais la moitié ne se lisent plus. Toutes ces données perdues, c’est triste.

La compatibilité était un cauchemar. Un programme fait pour Commodore ne fonctionnait pas sur Apple. Un jeu pour PC ne marchait pas sur Atari. Aujourd’hui, on se plaint quand une app iOS n’existe pas sur Android, mais imaginez devoir racheter tous vos logiciels si vous changiez de marque d’ordinateur.

Et parlons des pannes. Les tubes à vide de l’ENIAC grillaient régulièrement. Les premiers disques durs tombaient en panne sans avertissement. Les claviers se bloquaient. Chez Bombardier à Saint-Laurent, dans les années 80, ils avaient une équipe complète juste pour réparer les ordinateurs. Pas pour installer des logiciels, juste pour réparer le matériel.

L’héritage qui nous influence encore

Même si ces machines paraissent primitives aujourd’hui, elles ont posé les fondations de tout ce qu’on utilise.

Le clavier QWERTY que vous utilisez? Il vient directement des machines à écrire et des premiers terminaux informatiques. On aurait pu créer quelque chose de plus efficace, mais la tradition a gagné.

L’architecture des processeurs Intel qu’on retrouve dans la majorité des PC? Elle découle directement des choix faits par IBM dans les années 80. AMD, qui fabrique aussi des processeurs, suit encore largement cette architecture.

Les interfaces graphiques de Windows et macOS? Elles viennent du travail pionnier de Xerox PARC, repris par Apple avec le Mac, puis copié par Microsoft. Tout est lié.

Même des compagnies québécoises comme CGI et Nurun ont construit leur expertise sur ces technologies. Quand je travaillais chez un fournisseur de services TI à Laval, on maintenait encore des systèmes legacy qui tournaient sur des architectures vieilles de quarante ans. Pourquoi? Parce qu’elles fonctionnent, qu’elles sont fiables, et que les remplacer coûterait des millions.

Les leçons pour aujourd’hui

Ce qui me frappe le plus en étudiant ces premiers ordinateurs, c’est la progression incroyable qu’on a connue. En quarante ans, on est passé de machines qui remplissaient une pièce à des téléphones qui tiennent dans une poche et qui sont infiniment plus puissants.

Mais cette évolution a aussi créé des problèmes. On jette nos appareils électroniques beaucoup trop vite. Un Commodore 64 pouvait durer quinze ans. Votre laptop actuel? Vous le changez probablement tous les trois à cinq ans. C’est un enjeu environnemental majeur au Québec, où on génère des tonnes de déchets électroniques annuellement.

L’obsolescence programmée, le manque de réparabilité, la complexité excessive de certains systèmes… tout ça découle en partie de cette course effrénée vers toujours plus de puissance. Les premiers ordinateurs étaient simples, compréhensibles, réparables. Aujourd’hui, essayez d’ouvrir un MacBook récent sans outils spécialisés. Impossible.


Questions fréquentes sur les premiers ordinateurs

Quel a été le tout premier ordinateur personnel commercialisé?

Le Altair 8800, sorti en janvier 1975, est généralement considéré comme le premier ordinateur personnel vendu au grand public. Offert en kit à 439$ US, il a lancé la révolution des micro-ordinateurs même s’il était compliqué à assembler et programmer. L’Apple II et le Commodore PET, arrivés en 1977, ont vraiment démocratisé l’accès aux ordinateurs personnels avec des machines prêtes à utiliser.

Combien coûtaient les premiers ordinateurs au Québec?

Les prix variaient énormément. Un Commodore 64 se vendait environ 600-800$ canadiens en 1982, ce qui représente environ 1 800$ en dollars d’aujourd’hui. L’IBM PC original coûtait autour de 1 600$ US, soit près de 2 500$ canadiens à l’époque. Le Macintosh de 1984 atteignait les 3 500$ canadiens, une somme considérable pour l’époque qui le réservait aux professionnels et passionnés fortunés.

Pourquoi l’IBM PC a-t-il dominé le marché des ordinateurs?

L’IBM PC a réussi grâce à trois facteurs clés : la réputation solide d’IBM dans le monde des affaires, une architecture ouverte permettant à d’autres fabricants de créer des composants compatibles, et l’adoption rapide par les entreprises canadiennes et québécoises. Cette standardisation a créé un écosystème de logiciels et de matériel beaucoup plus vaste que celui des concurrents comme Apple ou Commodore.

Les premiers ordinateurs étaient-ils fiables?

Honnêtement, non. Les premiers ordinateurs tombaient régulièrement en panne. Les tubes à vide de l’ENIAC grillaient constamment, les disquettes se corrompaient facilement, et les pannes matérielles étaient fréquentes. Les entreprises québécoises devaient employer des techniciens à temps plein juste pour maintenir leurs systèmes fonctionnels. La fiabilité s’est considérablement améliorée avec les années 90 et l’arrivée des composants à semi-conducteurs plus robustes.

Peut-on encore utiliser un Commodore 64 ou un Apple II aujourd’hui?

Oui, techniquement, ces machines peuvent toujours fonctionner si elles ont été bien conservées. Plusieurs passionnés québécois collectionnent et restaurent ces ordinateurs vintage. Par contre, leur utilité pratique est nulle pour les tâches modernes. Pas d’Internet, logiciels incompatibles, et trouver des pièces de remplacement relève du défi. Des émulateurs logiciels permettent aujourd’hui de recréer l’expérience sur nos ordinateurs actuels.

Quelle était la capacité de stockage des premiers ordinateurs personnels?

Très limitée selon nos standards actuels. L’Apple II de base offrait 4 Ko de RAM. Les premières disquettes 5,25 pouces contenaient environ 160 Ko. Pour comparaison, une seule photo de téléphone moderne fait 3-5 Mo, soit presque 20 fois la capacité d’une disquette complète. Les utilisateurs devaient constamment jongler avec l’espace et effacer des fichiers pour libérer de la mémoire.

Comment les premiers ordinateurs ont-ils changé le marché du travail au Québec?

L’arrivée des ordinateurs personnels dans les années 80 a transformé radicalement le monde du travail québécois. Les secrétaires sont passées de machines à écrire à des traitements de texte. Les comptables ont abandonné leurs calculatrices pour des tableurs comme Lotus 1-2-3. De nouveaux métiers sont apparus : programmeurs, techniciens informatiques, analystes de systèmes. Plusieurs entreprises québécoises comme CGI ont bâti leur succès en accompagnant cette transition technologique.


Ce qu’il faut retenir de cette révolution

Voilà, on a fait le tour ensemble. Ces premiers ordinateurs, aussi primitifs qu’ils nous paraissent aujourd’hui, ont littéralement construit le monde numérique dans lequel on vit.

Ils nous rappellent que l’innovation ne vient pas toujours de la perfection, mais de l’audace de créer quelque chose de nouveau. Que les technologies évoluent incroyablement vite, mais que les fondations restent importantes. Et surtout, que derrière chaque machine, il y a des humains qui ont rêvé, expérimenté, parfois échoué, mais qui ont persisté.

La prochaine fois que vous râlez parce que votre ordinateur prend dix secondes à démarrer au lieu de cinq, pensez aux pionniers qui attendaient quinze minutes pour charger un jeu. Ça remet les choses en perspective, non?

Si vous avez des souvenirs de ces premiers ordinateurs, ou si vos parents vous ont raconté leurs premières expériences avec un Commodore ou un Apple II, j’adorerais les entendre. Partagez vos histoires en commentaire, parce que c’est en se souvenant d’où on vient qu’on peut mieux comprendre où on va.


À propos de Sara

Salut! Moi c’est Sara, informaticienne depuis maintenant huit ans dans diverses entreprises québécoises et canadiennes. J’ai toujours été passionnée par la tech, mais aussi par l’histoire de l’informatique – comprendre comment on en est arrivés là m’aide à mieux saisir où on s’en va. Entre deux projets de développement, j’adore partager mes connaissances avec ma communauté pour rendre la technologie accessible à tous. Parce que l’informatique, ça devrait pas être réservé qu’aux geeks, mais être compréhensible pour tout le monde. Si vous avez des questions tech ou si vous voulez jaser d’ordi vintage, je suis toujours partante!

Auteur

  • Je m'appelle Sara et je suis informaticienne de formation avec plus de 8 ans d'expérience dans plusieurs entreprises québécoises et canadiennes. Passionnée par les nouvelles technologies et le domaine de la communication, j'ai développé une expertise qui me permet de comprendre et de résoudre une grande variété de défis technologiques. Ce qui me motive le plus, c'est d'aider ma communauté à surmonter leurs problèmes techniques. Je crois fermement que la technologie devrait être accessible à tous, peu importe le niveau de connaissances.

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